Maroc : 3ème anniversaire des morts de Ceuta et Melilla

Voilà maintenant trois ans que 11 personnes au moins trouvaient la mort aux grillages de Ceuta et Melilla, victimes de cette guerre aux migrants que l’Union européenne a déclarée unilatéralement à des citoyens sans défense fuyant la précarité et l’insécurité et qui continue à faire, tant sur les routes du Sahara que dans les eaux de la Méditerranée et de l’Atlantique, des centaines de morts. Depuis cette date, des moyens démesurés ont été mis au service de cette guerre à un seul belligérant où les morts et les victimes ne tombent que d’un seul côté.
Voilà maintenant trois ans et nous continuons à dénoncer la collusion du Maroc et des autres Etats de l’Afrique du Nord avec une politique européenne qui va à l’encontre des intérêts mêmes de leurs propres ressortissants et des liens d’amitiés qui nous lient avec nos autres frères africains et nous réclamons inlassablement que soit connue l’identité des victimes et que soient jugés les responsables de ces crimes.
Trois ans après ces dramatiques évènements, l’Union européenne s’apprête à accueillir sur le sol français le 2ème sommet euro-africain « Migrations et développement ». Or depuis le 1er sommet tenu à Rabat en juillet 2006, la coopération euro-africaine en matière de migration s’est jusqu’à présent soldée par plus de fermetures, plus de murs, plus d’expulsions, plus d’exploitation, plus de racisme, plus de souffrances pour les migrants dans quelque pays qu’ils se trouvent, tandis que le continent africain subit aujourd’hui de plein fouet la crise des prix alimentaires et continue à enrichir les multinationales, sans voir le début d’un développement économique à même de satisfaire les besoins de base de ses populations.
Nous sommes inquiets car la Circulaire de la honte adoptée en mai dernier et bientôt Le pacte européen sur l’immigration et l’asile qui verra en principe le jour à la mi-octobre, ne constituent que des armes supplémentaires de l’arsenal de guerre contre les migrants, tout en se cachant derrière un discours qui voudrait faire croire à une gestion concertée des flux migratoires et de l’asile, au co-développement et à une migration choisie. En réalité il s’agit d’une gestion imposée qui bafoue le droit à la liberté de circulation et le droit d’asile, d’un modèle de développement qui a fait la preuve de son inadaptation, au service non pas des personnes mais des multinationales et des grands producteurs et d’une immigration kleenex, favorisant la venue de migrants temporaires, qui seront rejetés après usage.
C’est pourquoi nous sommes, nous migrants, réfugiés et militants solidaires au Maroc, partie prenante du Sommet citoyen qui aura lieu à Paris les 17 et 18 octobre prochains pour rappeler que ce qu’il faut construire entre les peuples et entre les continents ce sont « DES PONTS, PAS DES MURS ».
Nous ferons cette année de cet anniversaire du 7 octobre l’une des étapes de la caravane qui, partie de la République Démocratique du Congo au mois de septembre, est passée par la Mauritanie, le Mali, le Cameroun, le Bénin, puis maintenant le Maroc avant d’arriver à Paris le 17 octobre pour exiger l’arrêt de toute pression de type économique ou politique de la part de l’Union européenne ou de ses Etats-membres sur les Etats africains, leur imposant la sous-traitance de la gestion du contrôle des frontières de l’Europe et de transférer aux pays du Sud la charge de la sélection des réfugiés et de l’expulsion des migrants.
Nous appelons toutes les personnes, tous les citoyens qui refusent toute discrimination à l’encontre des migrants présents sur notre territoire à se mobiliser du 8 au 12 octobre prochains pour que l’ensemble des droits des migrants, tels qu’ils sont déclinés dans les textes internationaux soient appliqués sur le sol marocain.
Nous appelons le gouvernement marocain et l’ensemble des autres gouvernements africains à refuser toute collusion dans l’application des politiques et des directives européennes en matière de migration.
En rendant hommage, aux grillages de Ceuta, aux victimes de l’automne 2005, nous réaffirmerons notre exigence que justice soit faite et notre condamnation de la situation indigne faite aux migrants dans notre pays, des rafles répétées et des expulsions, de la non délivrance de titres de séjour leur permettant de mener une vie digne.
Et nous rappellerons l’ensemble de nos exigences qui, deux ans après la tenue de la 1ère conférence non gouvernementale euro-africaine « migration, liberté de circulation et droits fondamentaux », tenue à El Harhoura en juin 2006, restent plus que jamais à l’ordre du jour.
Rabat, 1er octobre 2008
Le comité de suvi - Maroc - de la conférence non gouvernementale euro-africaine
Programme
de la caravane « Des ponts, pas des murs » étape Maroc Commémoration des événements de Sebta et Melilla
8 et 9 octobre, Oujda
8 octobre
Table ronde : « Violations des droits humains aux frontières Maroc/Algérie », diffusion d’un film sur la situation des migrants à Oujda, (local de l’ABCDS)
9 octobre
Rencontre de solidarité avec les migrants Contact : abcds.asso@gmail.com, +212 36 68 67 50
10 au 12 octobre 2008, Larache-Tanger
10 octobre Larache
Soirée musicale
11 octobre Tanger
Matin : Match de foot
Après-midi : Table ronde : « Sebta, Melilla et détroit, des ponts, pas des murs », (Salle California)
12 octobre
10 heures. Départ de Tanger de la caravane de solidarité vers les grillages de Sebta, après-midi point de presse
Renseignements complémentaires :
http://www.manifeste-euroafricain.org
contact@manifeste-euroafricain.org
Tel : 077 01 38 74
060 96 28 25
060 84 07 61
Manifeste non gouvernemental euro-africain sur les migrations, les droits fondamentaux et la liberté de circulation Nous, acteurs des sociétés civiles d’Afrique subsaharienne, d’Afrique du Nord et d’Europe, réunis en Conférence non gouvernementale euro-africaine les 30 juin et 1er juillet 2006 à Rabat, indignés par la guerre aux migrants qui s’amplifie d’année en année le long des côtes méditerranéennes et atlantiques, refusons la division de l’humanité entre ceux qui peuvent circuler librement sur la planète et ceux à qui cela est interdit, refusons également de vivre dans un monde aux frontières de plus en plus militarisées qui segmentent nos continents et veulent transformer chaque groupe de pays en forteresse.[…] Nous exigeons :
1) le renoncement à l’idéologie sécuritaire et répressive qui oriente aujourd’hui les politiques migratoires, notamment à « l’externalisation » de l’asile et des contrôles aux frontières, à la criminalisation des migrations, ainsi qu’à toute loi raciste, xénophobe ou discriminatoire ;
2) la refondation des politiques migratoires sur la base du respect des droits humains, d’une réelle égalité des droits des personnes vivant sur un même territoire et, dans l’immédiat, de la régularisation de tous les migrants sans papiers ;
3) la dépénalisation du délit de séjour irrégulier et de l’aide aux personnes contraintes à ce type de séjour ;
4) l’annulation des accords de réadmission de personnes expulsées et l’abandon de toute négociation en ce sens par les Etats ;
5) la suppression des visas de court séjour, de toutes les entraves posées à la sortie d’un territoire, et la justification détaillée et contrôlée des refus de visas d’établissement avec une stricte symétrie des conditions africaines et européennes de délivrance de ce type de visas ;
6) la fermeture de tous les lieux d’enfermement et autres dispositifs de blocage des personnes aux frontières ;
7) l’abolition de toutes les mesures faisant obstacle aux possibilités de regroupement familial ;
8) l’application complète et sincère de tous les instruments de protection internationale afin de ne pas réduire le droit d’asile à une simple fiction ;
9) l’octroi systématique à tous les réfugiés statutaires d’une complète liberté de circulation et d’installation et d’une protection à travers le monde ;
10) la refondation financière et juridique du HCR de manière à ce qu’il protège effectivement les demandeurs d’asile et réfugiés et non pas les intérêts des gouvernements qui le financent ;
11) la ratification de la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille, son intégration dans les lois nationales, la ratification des conventions de l’Organisation Internationale du Travail, et notamment les conventions 143 et 97 ainsi que leur mise en œuvre ;
12) que toute négociation euro-africaine repose sur le principe d’égalité des interlocuteurs et que les dirigeants africains, qui ont si peu défendu les intérêts de leurs populations, assument pleinement leurs responsabilités, tout particulièrement en remettant en cause les accords de partenariat euro-africains.
13) la mise en place de mécanismes de souveraineté alimentaire et la suppression des accords qui hypothèquent l’avenir de l’agriculture africaine ;
14) la suppression des conditionnalités imposées aux pays africains dans les négociations internationales, et tout particulièrement celle de la sous-traitance de la lutte contre les migrations ;
15) l’annulation inconditionnelle de la dette des pays du sud ainsi que le rapatriement de leurs avoirs placés dans des banques étrangères.

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